Actualités SFT

Conférence Tralogy 3 en 2022 – Appel à propositions

par Commission Actualités

le 9 juillet 2021

Tralogy : qu'est-ce ?

Tralogy 3 est un projet porté par un groupe d'institutions françaises et internationales : CNRS, Université de Paris, Université Paris 8, DGT Commission européenne, SFT ainsi que Dublin University, Ca' Foscari, Zürich University of Applied Sciences, Translation Commons.

Le colloque aura lieu les 7 et 8 avril 2022 au Campus Condorcet (8 Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers)

  • Site de la conférence : https://tralogy3.sciencesconf.org
  • Date limite de soumission des propositions : 1er octobre 2021
  • Évaluation des propositions et notification aux candidats : 15 décembre 2021

Merci de téléverser votre proposition (titre plus un descriptif d’environ 300 mots) ainsi qu’une courte notice bio-bibliographique (environ 200 mots) sur le site, ou à l’adresse ci-dessous.

Contact : tralogy3@sciencesconf.org
 

Comité scientifique du colloque

Corinna Anderson (SFT)

Sandrine Constant-Scagnetto (SFT)

Nicolas Froeliger (Université de Paris)
Claire Larsonneur (Université de Paris 8, TransCrit)

Thierry Poibeau (CNRS Lattice)
Gary Massey (ZHAW Zurich University of Applied Sciences)
Joss Moorkens (Dublin City University)
Jean-François Nominé (INIST CNRS)
Bineta Sadji (DGT France)
Giuseppe Sofo (Ca’ Foscari, Venezia)
Jeanette Stewart (Translation Commons)
François Yvon (LIMSI, CNRS)
Maria Zimina-Poirot (Université de Paris)

Traduction humaine et traitement automatique des langues : vers un nouveau consensus ?

La décennie écoulée a vu se produire des changements technologiques majeurs dans les domaines de la traduction automatique (TA) et du traitement des langues naturelles (TAL). La démocratisation de la traduction neuronale et les nouvelles orientations de la recherche sur l’automatisation de la traduction de texte et de parole (traduction automatique, synthèse et reconnaissance vocales, articulation entre image et texte, métriques d’évaluation) élargissent le champ d’application des outils de traduction. Cette dynamique est stimulée par la croissance rapide de l’industrie des langues (Nimdzi, 2021) et par l’intérêt que lui porte le secteur technologique (GAFAM, BATX, iFLYTEK, etc.), dont les entreprises investissent massivement dans les technologies de traduction en vue de les intégrer dans leurs diverses interfaces, plateformes et applications (Larsonneur, 2020).

Les effets de ces évolutions ne touchent pas uniquement le domaine de la recherche : la condition du traducteur professionnel est en train de changer, de même, peut-être, que la perception générale de ce qu’est la traduction (Lavault-Olléon & Zimina, 2019). Deux grandes transformations sont en cours. La première tient au fait que les données sont devenues un élément central dans le processus de traduction. La collecte, le nettoyage, l’annotation et la structuration de données issues de corpus gigantesques sont essentiels à l’entraînement efficace des algorithmes de traduction. Les données peuvent être considérées comme une marchandise ou comme un élément d’un droit fondamental et un bien commun (Moorkens & Lewis, 2020). Tous ces aspects devraient être évalués, mis en perspective et réglementés en fonction des spécificités de la traduction.

La deuxième grande transformation consiste dans le passage d’une approche centrée sur les contenus à une approche axée sur l’utilisation des textes, qui sont désormais produits, partagés, évalués et recyclés en ligne d’une façon qui remet en cause la distinction entre les textes « pour information », « purement fonctionnels » ou « destinées à la publication ». En outre, la gestion agile des contenus, les mesures d’engagement des utilisateurs et les textes générés de manière automatique par de grands modèles de langue tels que le modèle GPT-3 (Brown et al, 2020) supposent une articulation entre production linguistique humaine et traduction automatique, laquelle mérite d’être pensée et analysée (Ehrensberger-Dow & Massey, 2019).

Le rythme et l’ampleur des évolutions technologiques, économiques et sociétales sont tels qu’ils posent une série de questions. L’engouement récent autour de la TA neuronale contraste avec les nombreux domaines où les technologies de traitement des langues, bien qu’avancées, ne sont pas entièrement au point : on peut mentionner à cet égard, à des degrés divers, l’écart entre les langues bien dotées en ressources numériques et celles pour les lesquelles ces ressources sont encore lacunaires, les contraintes inhérentes aux interfaces de TA ou encore l’opacité qui entoure l’élaboration des corpus d’entraînement. Plus généralement, il existe des incertitudes sur le rôle, le statut et l’avenir économique des traducteurs, ainsi que sur l’éco-durabilité du modèle de traduction (Cronin, 2017) et la responsabilité des principaux fournisseurs de TA. La formation des traducteurs se trouve, elle aussi, à la croisée des chemins : il lui faut concilier ces nouvelles évolutions avec des compétences et des contenus plus traditionnels (Froeliger, 2019 ; Massey & Kiraly, 2019).

Compte tenu du rôle essentiel de la traduction et des technologies linguistiques dans les sociétés actuelles, nous proposons de rechercher un nouveau consensus entre les utilisations humaines du langage et les apports de la machine, non seulement pour permettre les échanges et contribuer à l’élaboration et à la diffusion des connaissances, mais aussi pour exercer notre sens social des responsabilités (Martens & Hobbs, 2015). Une culture numérique plus développée et plus largement partagée dans le domaine des technologies linguistiques ainsi qu’une meilleure compréhension des implications d’ordre social, économique et éthique qui s’y rattachent semblent nécessaires (Koskinen & Pokorn, 2021 ; Moorkens & Rocchi, 2021).

Contribution pour Tralogy 3

Pour la conférence Tralogy 3, nous invitons donc les intervenants à identifier les angles morts du paysage actuel de la traduction et des technologies linguistiques multilingues sur les plans de la recherche, de la théorie, de la pratique et de l’éducation, et à proposer des perspectives critiques et des pistes novatrices pour y pallier. Dans le sillage des deux premiers événements Tralogy (http://www.tralogy.eu/ et http://www.tralogy.eu/spip.php?article58&lang=fr), cette conférence internationale vise à rassembler des spécialistes des différents domaines et disciplines participant des métiers de la traduction d’aujourd’hui et de demain : universitaires (études de traduction et de TAL), traducteurs professionnels (en particulier à travers la participation de la SFT, la Société française des traducteurs), utilisateurs de la traduction (notamment à travers la DGT, la direction générale de la traduction de la Commission européenne) et enseignants de la traduction (à travers l’AFFUMT, l’Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction). La conférence sera co-parrainée par la DGT, sous la forme d’un atelier « Traduire l’Europe », et coordonnée par les projets SPECTRANS et PAPTAN (CLILLAC-ARP, Université de Paris), dont les intérêts sont étroitement liés aux nôtres.

Nous sommes tout particulièrement intéressés par des contributions sur les thèmes suivants :

  • Technologies de la traduction et dynamiques de pouvoir

    • Évolution des relations de pouvoir entre les prestataires de services linguistiques et les traducteurs individuels
    • Répartition du travail entre l’être humain et la machine
    • Utilisation d’un contexte élargi dans la traduction automatique neuronale
    • Questions relatives aux corpus d’entraînement : qui les élabore et les contrôle, avec quelles données, selon quels principes, pour quels besoins, à quel prix ?
  • Éthique et gouvernance
    • Stratégies à l’échelle régionale
    • Collaboration, bien commun et gouvernance : la traduction devrait-elle être considérée comme un bien commun ?
  • Multilinguisme, diversité et égalité linguistiques
  • Traduction et durabilité écologique et sociale
  • Applications de l’apprentissage automatique en boîte noire ou blanche à la traduction
  • Technologies de la traduction, censure et désinformation
  • La place de l’intervention humaine dans la formation des traducteurs
  • Nouvelles interactions avec les systèmes de traduction et d’interprétation automatiques

Références

Nimdzi (1er mars 2021), The 2021 Nimdzi 100: The ranking of top 100 largest language service providers, https://www.nimdzi.com/nimdzi-100-top-l ... ize-growth

Bowker, L., & Buitrago Ciro J. (2019), Machine translation and global research: Towards improved machine translation literacy in the scholarly community. Emerald Publishing, https://doi.org/10.1108/9781787567214

Brown et al (2020), Language models are few-shot learners. Proceedings of the conference on Advances in Neural Information Processing Systems 33 (NeurIPS). https://papers.nips.cc/paper/2020/file/ ... -Paper.pdf

Cronin, M. (2017), Eco-translation: Translation and ecology in the age of the anthropocene. Routledge. https://doi.org/10.4324/9781315689357

Ehrensberger-Dow, M., & Massey, G. (2019), Le traducteur et la machine : mieux travailler ensemble ? In É. Lavault-Olléon & M. Zimina M. (Dir.), Des mots aux actes. 2019, n° 8 : Traduction et technologie, regards croisés sur de nouvelles pratiques, pp. 47 à 62, https://doi.org/10.15122/isbn.978-2-406-09779-2, p. 0047

Froeliger, N. (2019), At a Certain Stage, one has to Deliver: Why Professional Translation Masters’ Matter, Cultus: The Journal of Intercultural Mediation and Communication, 12, http://www.cultusjournal.com/files/Arch ... eliger.pdf

Koskinen, K., & Pokorn, N. K. (Eds.) (2021), The Routledge handbook of translation and ethics. Routledge, https://doi.org/10.4324/9781003127970

Larsonneur, C. (2020), Neural machine translation: From commodity to commons ? In R. Desjardins, C. Larsonneur & P. Lacour (Eds.), When translation goes digital: Case studies and critical reflections (p. 257-280), Palgrave-Macmillan. https://doi.org/10.1007/978-3-030-51761-8

Lavault-Olléon É., & Zimina M. (Dir.) (2019), Des mots aux actes. 2019, n° 8: Traduction et technologie, regards croisés sur de nouvelles pratiques, Classiques Garnier, https://dx.doi.org/10.15122/isbn.978-2-406-09779-2

Martens, H., & Hobbs, R. (2015), How media literacy supports civic engagement in a digital age. Atlantic Journal of Communication, 23 (2), pp. 120 à 137, https://doi.org/10.1080/15456870.2014.961636

Massey, G., & Kiraly, D. (2019), The future of translator education: A dialogue, Cultus: The Journal of Intercultural Mediation and Communication, 12, pp. 15 à 34,
https://www.cultusjournal.com/files/Arc ... Massey.pdf

Moorkens, J., & Lewis, D. (2020), Copyright and the re-use of translation as data, in M. O’Hagan (Ed.), The Routledge handbook of translation and technology (pp. 516 à 530), Routledge, https://doi.org/10.4324/9781315311258

Moorkens, J., & Rocchi, M. (2021), Ethics in the translation Industry, in K. Koskinen & N. K. Pokorn (Eds.), The Routledge handbook of translation and ethics, Routledge, https://doi.org/10.4324/9781003127970

par Commission Actualités

le 9 juillet 2021