Prix Pierre-François Caillé de la traduction 2023 – Les Yeux de l'océan
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Les ouvrages en lice pour le Prix PFC 2023 (3/4) – Les Yeux de l'océan

par Jury du prix Pierre-François Caillé de la traduction

le 20 novembre 2023

Mise en lumière : Damien Ligot, pour sa traduction du chinois (Taïwan) de Les Yeux de l’océan, de Syaman Rapongan aux éditions L’Asiathèque

Les Yeux de l’océan nous plonge dans l’univers d’une minorité taïwanaise, les Tao. Ce peuple, en prise directe sur l’océan, s’inscrit dans un monde de magie, d’esprits et de traditions où la pêche, la cohabitation avec la nature et le respect des animaux occupent une place centrale. « Pour aborder ce récit, il faut mettre de côté notre rationalité occidentale », confie Lucile Gubler, membre du jury du Prix Pierre-François Caillé. « L’imaginaire de ce peuple est construit sur des valeurs maritimes. »

Un voyage qui nous fait penser et voir le monde sous l’angle d’un autre planisphère, centré sur l’océan Pacifique, depuis la petite île des Orchidées, au sud-est de la grande île de Taïwan. Björn Bratteby, également membre du jury, salue « un travail de recherche de qualité, associé à une chercheuse du CNRS, Véronique Arnaud, magnifiquement écrit, qui permet de découvrir une particularité peu connue de Taïwan (son rapport avec les minorités qui la composent), de comprendre ce que vivent ses minorités, et de pouvoir ainsi comprendre ce que vivent d’autres minorités à travers le monde ».

La notion d’appartenance linguistique et culturelle y est aussi très forte. L’auteur, Syaman Rapongan, issu de l’ethnie tao, y raconte notamment sa résistance à apprendre le chinois mandarin : langue des Chinois continentaux rendue obligatoire dans les écoles en 1945 lorsque les troupes du Kuomintang débarquent à Taïwan. Malgré les discriminations dont il a été victime, l’auteur dépeint son histoire avec beaucoup d’humour et sans amertume. On notera une anecdote cocasse où un interprète tao retranscrit à sa façon le discours d’un officiel han, exemple parfait de l’interprète traître. « Ce livre est très touchant, très humain. J’avais l’impression, en le lisant, d’être assis à côté d’un ami qui me racontait son histoire », confie Björn.

« Malgré les répétitions intrinsèques à l’écriture de la langue d’origine — reflétant une façon de raconter en boucles successives, qui sont le propre de cet auteur, de ce peuple sans doute — Damien Ligot a su traduire ce récit dans une langue française fluide et de bonne qualité », déclare Lucile. Björn applaudit quant à lui « une traduction remarquablement bien écrite, belle, soignée et très documentée. »

Le livre nous amène à nous questionner sur notre rapport au progrès et au développement, tant scientifique que technologique, ainsi que sur le regard empli d’arrogance et de condescendance que l’« homme civilisé » porte sur les peuples qu’il qualifie de « primitifs », sous le motif que ceux-ci n’ont pas encore été domestiqués par ses principes. « Un livre rempli d’humanisme et de beaucoup de poésie. À ne pas manquer pour quiconque s’intéresse à l’ethnographie de manière générale, aux peuples autochtones d’où qu’ils viennent et aux Aborigènes formosans tout particulièrement. », conclut Björn.

Pour connaître le lauréat ou la lauréate de l’édition 2023 du prix Pierre-François Caillé, rendez-vous le 24 novembre prochain à Toulouse.

Consultez le site dédié au prix pour tout connaître sur le prix Pierre-François Caillé de la traduction, découvrir les membres du jury présidé par Bernhard Lorenz, ainsi que la sélection complète de l’année 2023 : Sélection 2023 du Prix Pierre-François Caillé de la traduction.

www.prixcaille.fr

par Jury du prix Pierre-François Caillé de la traduction

le 20 novembre 2023

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